Aider ne devrait jamais couter la vie

Karine travaillait pour l’UNICEF. Le 11 mars à 4 heures du matin, un drone a frappé la maison où elle résidait à Goma, dans l’Est de la RDC. C’est une grande professionnelle de l’action humanitaire et amie de plus de trente ans qui part brutalement. Elle a consacré sa vie à l’action humanitaire, souvent en Afrique, toujours avec la même exigence : être utile, concrètement, auprès de celles et ceux qui vivent au cœur des crises.

Depuis l’annonce de sa mort, beaucoup de messages de compassion circulent. Et c’est précieux. Mais j’ai aussi lu cette phrase : « C’est le risque du métier. » Alors je me pose une question simple. Quand on choisit de travailler dans l’humanitaire, choisit-on aussi de mourir pour cela ? Les humanitaires ne sont pas des soldats. Ils ne partent pas pour faire la guerre, défendre un territoire ou imposer une idéologie. Ils partent pour soigner, protéger, accompagner, reconstruire. Et pourtant, dans un monde où les conflits se multiplient et où l’espace humanitaire se rétrécit, ils se retrouvent de plus en plus exposés. La mort de Karine va probablement alimenter le débat sur la protection des acteurs de l’action humanitaires. Est-ce que sa mort va faire bouger les choses afin de protéger ceux qui restent… pas certain.

J’ai aussi lu : « elle a choisi, elle savait ». Cette phrase est terrible. Faudrait-il renoncer à agir simplement parce qu’il existe un risque ?  Certains pensent que l’humanitaire est devenu une forme d’opium des peuples en souffrance : en aidant les populations à survivre, il contribuerait à maintenir des situations d’injustice et de pauvreté sans les transformer. Donc, il faudrait stopper l’aide et arrêter de prendre des risques !

D’autres, dont je fais partie, pensent au contraire que l’action humanitaire reste l’un des derniers remparts contre la barbarie. Parce qu’au-delà de l’aide apportée, les humanitaires témoignent, alertent et rappellent au monde ce qui se passe là où les regards se détournent. Karine incarnait profondément cette conviction.

Elle venait régulièrement me remplacer dans certaines formations qui traitent de la coopération internationale, notamment à Sciences Po. Les étudiants l’écoutaient avec attention, parce qu’elle parlait avec l’autorité tranquille de celles et ceux qui ont réellement vécu ce dont ils témoignent. Karine était une passeuse d’expérience et d’engagement.

Malgré les risques, malgré les doutes, malgré les drames, je reste convaincu que le monde a plus que jamais besoin de « Karine (s) », de femmes et d’hommes qui choisissent d’aider plutôt que de détruire. Son passage sur terre n’aura duré que 54 ans mais je sais qu’elle a su donner un grand sens à sa vie en contribuant à sauver la vie des autres.

#Humanitaire #Engagement #SolidaritéInternationale #KarineBuisset

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